Il m’a été demandé, et j’en suis honoré, de faire la recension de ce livre, qui va être porté sur ses fonts baptismaux. J’ai appris que la recension d’un livre correspondait plus ou moins à un résumé succinct de son contenu, une évaluation de son écriture, sa structure, sa pertinence, et a pour but de fournir à ses prochains lecteurs une compréhension claire et éclairée.
Au-delà, on va, plus sérieusement, affirmer que la finalité d’un tel exercice reste quand-même d’amener les potentiels lecteurs à se procurer le livre. J’ai donc choisi de vous indiquer, sans trop d’artifices, pourquoi vous devez acheter celui-ci. Et comme vous allez le voir, le livre lui-même m’a facilité la tâche, car il présente deux atouts majeurs : son ethos et son logos.
L’ethos renvoie, selon Aristote, à la crédibilité de l’orateur ou l’auteur. Notre auteur, ici, c’est Patient Ligodi. Et Patient Ligodi, c’est quand-même Patient Ligodi ! Allez, peut-on imaginer, en septembre 2024, quelqu’un qui vive, sérieusement, à Kinshasa et qui ne connaisse, raisonnablement, Patient Ligodi ? Je doute.
Mais, le Ligodi, dont question ici n’est pas simplement le fils de ses parents, le mari de sa femme, ni le père de ses enfants. Celui, dont je parle, revêt une double qualité : professionnel des médias bien trempé et participant aux derniers Etats Généraux de la communication et des médias, de novembre 2022, à Kinshasa.
En effet, Patient Ligodi, c’est 21 ans d’une carrière ininterrompue, ascendante et reluisante, de reporter et de patron de médias, pendant laquelle il aura tout vécu dans cette presse de la RDC et aura rencontré, en cette double casquette, des vicissitudes de cette profession, qui a ses particularités sur ce bord du fleuve Congo. Aux Etats généraux, sus-évoqués, il a siégé à la Commission de la viabilité des médias. Autant, il fait partie, aujourd’hui, de la Commission de Suivi des recommandations de ces assises.
Cette double qualité lui donne, ma foi, l’ethos ou l’étoffe suffisante pour plancher avec autorité sur le cadre légal, sorti, pour l’essentiel, de cette rencontre de haut niveau.
A propos du logos, Aristote, encore lui, le définit comme le recours à l’argumentation rationnelle pour éclairer, démontrer la validité d’une thèse ou en réfuter l’antithèse, de manière cohérente et pertinente. La cohérence et la pertinence, c’est ce qui manque le moins à cet ouvrage de 106 pages, édité par Smart publishing, sous le titre de « Cadre légal des médias en RDC, acquis et défis en perspective», préfacé par le très sérieux Professer Pierre N’sana, et ce n’est pas rien.
Comme on peut s’en rendre compte, ce titre est tout un programme, qui en dit long sur ses intentions. En gros, la publication scrute la nouvelle législation sur l’exercice de la profession journalistique en RDC avec un point d’orgue sur l’ordonnance-loi n°23/009 du 13 mars 2023, fixant modalités d’exercice de la liberté de presse, liberté d’information et d’émission…, mais aussi sur l’Ordonnance-Loi, sœur n° 23/010, de la même date, portant code du numérique, ainsi que sur certains autres textes du CSAC.
Pour l’auteur, le pays vit un tournant historique sur la question de la liberté de la presse. Aussi se propose-t-il d’y démêler les avancées introduites et les défis en suspens. Le livre comporte donc deux parties : les acquis et les défis à surmonter.
Etalés sur neuf chapitres, les acquis portent sur, notamment, le statut du journaliste professionnel ; la reconnaissance des médias communautaires, associatifs et confessionnels ; l’encadrement des médias d’information en ligne ; la redéfinition des médias publics ; le soutien et les aides à la presse ; la criminalisation de la rétention d’informations publiques ; le droit de réponse ou la voie vers la réparation …. Un menu plus qu’alléchant pour tout celui qui s’intéresse à la pratique de cette profession au Congo-Kinshasa. Et votre attention soutenue, en ce moment, témoigne de l’intérêt que vous y portez.
Par exemple, voici ce qu’écrit Ligodi (page 17) au sujet du journaliste professionnel : On entend par journaliste professionnel, toute personne diplômée d’une école de journalisme reconnue par l’Etat congolais et dont l’activité principale, régulière et rétribuée consiste en la collecte, au traitement et à la diffusion de l’information … En comparaison à la situation d’avant, l’auteur parle du triomphe du diplôme et de l’expérience.
Ligodi aborde aussi (pages 17-18) le concept de « professionnel des médias », qu’il préfère à celui d’«assimilé au journaliste professionnel», et qui désigne « tout professionnel, indépendant ou attaché à une rédaction, dont les tâches s’inscrivent dans l’un ou l’autre des métiers ci-après : Editeur, en ligne compris ; Directeurs de publication ou des programmes ; Rédacteur, web compris ; Présentateur des programmes d’informations ; Caricaturiste ; Traducteur-rédacteur ; Reporter-photographe ; Infographiste ; Administrateur des contenus ; Réalisateur et régisseur ; Animateur culturel ; Chroniqueur ; Opérateur de prise de son ou des vues ; Opérateur de saisie…
D’autres acquis concernent les médias en ligne, sujet plus que d’actualité. Sur les pages 39-40, l’auteur revient, par exemple, sur l’élargissement de la définition de l’information ; l’intégration du journalisme en ligne dans l’entreprise de presse ; la reconnaissance des professionnels du journalisme en ligne... Ligodi note, avec intérêt, la reconnaissance officielle des journalistes des plateformes numériques par une Directive du CSAC du 16/12/2022. Ce qui leur garantit considération et protection reconnues à leurs homologues des médias traditionnels.
L’auteur note aussi, avec bienveillance, le renforcement de la transparence, à travers la criminalisation de la rétention de l’information publique, et se satisfait (p.60) de la contribution y apportée par l’ordonnance-loi du 13 mars 2023 en matière d’accès aux sources d’informations, qui met en lumière le droit d’accès aux informations, la protection des sources et la criminalisation de la rétention d’informations publiques.
Mais, Ligodi n’a nullement l’intention de se reposer sur les lauriers de ces avancées, il scrute aussi, dans la seconde partie du livre, les défis, qu’il série en trois chapitres : l’ombre du code pénal ; le danger sous-jacent à la criminalisation des fakenews ; et la non-prise en charge adéquate des plateformes numériques par le nouveau cadre légal. De la page 81 à 101, il explore les nuances entre avancées législatives et persistantes limitations pratiques, en essayant de mettre en perspective les zones d’ombre et les contradictions, susceptibles d’entraver l’effectivité de la liberté de la presse…
A propos de l’ombre du code pénal, par exemple, l’auteur épingle le lien direct que les articles 113 et 120 avec les infractions commises par voie des médias. Ce qui pourrait avoir une influence négative sur l’exercice de la liberté de la presse, particulièrement, dans les médias en ligne. Il souligne aussi l’ambigüité de la notion de frayeur parmi la population, contenue dans la Loi et qui pourrait être exploitée pour réprimer les reportages sur des sujets sensibles.
Ces choses que je viens d’énumérer constituent, à peine, le cinquième d’informations, de connaissances ou renseignements qu’apporte ce livre que l’auteur qualifie, et moi avec lui, d’outil pédagogique pour les journalistes. Mais, cet ouvrage est tout autant important pour les étudiants et les enseignants en journalisme mais aussi pour les responsables politiques et les observateurs intéressés de la profession journalistique en RDC.
Ainsi, tous et chacun, en vos titres et qualités, vous avez la chance d’être là, aujourd’hui, parce que vous allez pouvoir vous procurer votre livre de chevet. Vous aurez tort, j’en suis persuadé, de ne pas l’acheter…. aujourd’hui, et de le regretter demain. Oui, vous aurez tort, par exemple, de ne pas connaitre la réponse à cette lancinante question au sujet de la dépénalisation des délits de presse : « si le moratoire sur les délits de presse reflète la volonté politique, quelles seraient les garanties de purification du secteur offertes par la profession » ?
La lumineuse réponse de Patient à cette question se trouve sur la page 87 de ce livre. Achetez-le et lisez-le au calme ! J’ai dit !
28 septembre 2024
Pr Claude Mukeba
Vice-Doyen de la faculté Presse-Information