L’Arrêté ministériel n°075/CAB/MIN.ET/FMM/RK/10/2025 introduit une exigence nouvelle dans l’organisation du marché de l’emploi en RDC : aucune offre d’emploi ne peut être publiée sans avoir été préalablement soumise à l’Office National de l’Emploi (ONEM) pour visa. Cette obligation s’applique à l’ensemble des acteurs concernés, qu’il s’agisse des recruteurs ou des structures chargées de la diffusion.
Le texte confie à l’ONEM une mission de vérification de la conformité des offres aux normes légales en vigueur, avant toute publication. Il prévoit, en cas de non-respect, une amende administrative équivalente à 500 dollars américains par offre diffusée sans visa. L’objectif poursuivi est explicite : renforcer la transparence, assurer la traçabilité des recrutements et lutter contre les pratiques frauduleuses.
Dans ce dispositif, les médias occupent une position particulière, à la fois comme entreprises et comme diffuseurs. C’est cette double implication qui permet de comprendre la portée réelle de la réforme.
En tant qu’entreprises, les médias sont soumis à l’arrêté au même titre que tout employeur. Lorsqu’ils recrutent, ils doivent désormais faire viser leurs offres d’emploi par l’ONEM avant toute publication. Cette exigence s’inscrit aussi dans le prolongement de l’Ordonnance-loi n°23/009 du 13 mars 2023, qui impose que tout recrutement au sein d’une entreprise de presse soit précédé d’une publicité afin de garantir la transparence dans l’accès à la profession. Cette disposition visait déjà à limiter les pratiques informelles et à encadrer les conditions d’entrée dans le métier.
L’arrêté introduit un encadrement supplémentaire. Là où l’Ordonnance-loi impose de rendre le recrutement visible, l’arrêté exige que l’offre elle-même soit préalablement validée. Il ne s’agit plus seulement de publicité, mais de conformité. Ce passage d’une logique de transparence à une logique de contrôle préalable renforce l’objectif initial : éviter un accès désordonné à la profession et consolider la crédibilité du secteur.
Les médias sont également concernés en tant que diffuseurs d’offres d’emploi produites par d’autres acteurs. Dans ce cas, leur responsabilité ne porte pas sur le recrutement lui-même, mais sur la diffusion du contenu. Avant toute publication, ils doivent s’assurer que l’offre a bien obtenu le visa de l’ONEM. À défaut, ils s’exposent à la sanction prévue par le texte.
Cette évolution modifie la nature de la publication d’offres d’emploi. Elle ne relève plus uniquement d’une logique d’information ou de service. Elle devient un acte encadré, conditionné par une exigence de vérification préalable. Le média ne peut plus se contenter de relayer une annonce ; il doit s’assurer de sa régularité administrative.
Cette exigence rejoint, dans une certaine mesure, les principes déontologiques du journalisme, fondés sur la vérification et la responsabilité. Toutefois, elle s’inscrit ici dans un cadre administratif formalisé, qui dépasse le seul champ éditorial. Elle impose une adaptation des pratiques internes, tant au niveau des rédactions que des services en charge de la diffusion des annonces.
Les effets de cette réforme ne sont pas uniquement juridiques. Ils sont également organisationnels et économiques. L’obligation de vérification préalable peut entraîner un allongement des délais de publication, mobiliser des ressources supplémentaires et exposer les médias à un risque financier en cas de non-conformité. Elle affecte ainsi, de manière indirecte, l’économie des contenus liés aux offres d’emploi.
Au-delà du marché de l’emploi, cet arrêté illustre une tendance plus large du cadre légal congolais. Le droit ne se limite plus à encadrer l’organisation interne des médias. Il intervient également sur les conditions de diffusion de certains contenus, même lorsqu’ils ne relèvent pas directement de la production journalistique.
Dans ce contexte, les médias se trouvent à l’intersection de deux logiques : celle de l’entreprise soumise à des règles de fonctionnement et celle du diffuseur intégré dans des dispositifs de régulation sectoriels. Cette double position redéfinit progressivement les contours de leur responsabilité.